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Kewan, autiste : de l’exclusion à l’école extraordinaire

Actualité

Éducation

L'association MEEO (Mon école extraordinaire) a ouvert ses portes en 2016 en Haute-Savoie. Destiné aux enfants souffrant d’autisme ou de troubles des apprentissages, cet établissement scolaire expérimental est soutenu par la Fondation Transdev. Sa particularité ? Proposer aux enfants un accompagnement pédagogique et para-médical personnalisé.

Laetitia est la maman de Kewan, 11 ans, scolarisé au sein de MEEO. Après huit ans de combat solitaire face à l’éducation nationale, cette mère-aidante peut enfin souffler.

« Grâce à MEEO, mon enfant est enfin entouré d’amour, de bienveillance et d’écoute. Il n’y a plus de jugement, de haine ou de méchanceté. » Huit ans. C’est le temps qu’aura dû attendre Laëtitia pour trouver un établissement scolaire qui accepte et comprenne son fils cadet, Kewan. Diagnostiqué à six ans pour un trouble autistique, Kewan, aujourd’hui âgé de 11 ans, entame sa troisième année au sein de MEEO, à Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie). « Lui s’y sent bien et moi je ne me sens plus seule et démunie », résume Laëtitia. Avant cela, cette mère célibataire de 43 ans a connu la violence de l’institution, l’impuissance et la culpabilité.

UNE MAMAN SEULE QUI LUTTE POUR SON PETIT GARÇON ISOLE

« En maternelle, le seul enfant qui courait dans tous les sens et se cognait la tête partout, c’était le mien », se souvient Laëtitia. Du haut de ses 4 ans, le petit Kewan n’a pas le même rapport au monde que ses camarades. L’interaction avec les autres s’avère difficile et l’oblige à s’isoler régulièrement pour se ressourcer. Il souffre également de problèmes d’élocution et l’apprentissage le fatigue vite. Rapidement, le petit garçon se retrouve exclu de nombreuses activités en classe et des sorties scolaires. Puis commencent les crises. Les écoles se succèdent, publiques comme privées, sans résultat. « On m’appelait constamment pour venir le chercher parce qu’ils n’arrivaient pas à le gérer. J’ai fini par le garder la moitié du temps à la maison. »

Au sein du foyer, la situation se dégrade aussi. Le couple finit par se séparer. Laëtitia déménage avec ses deux enfants en Haute-Savoie : « J’avais besoin de nature et de la montagne », précise-t-elle. Le père des enfants ne paye pas de pension alimentaire. Alors pour gagner un peu plus, Laëtitia décide de travailler de nuit à l’usine. Elle inscrit ses deux fils à l’école municipale. Kewan entre alors en CP. C’est le début du cauchemar.

EN FRANCE, AUCUNE STRUCTURE EDUCATIVE N’EST PREVUE POUR LES ENFANTS AUTISTES

Parfois trop de bruit, trop de lumière, trop de contact… les crises de Kewan se font de plus en plus violentes. Tout comme la réponse de la direction de l’établissement. « Je travaillais la nuit, j’amenais les enfants à l’école le matin et j’allais me coucher. Mais chaque matin, mon téléphone sonnait et on me disait : vous venez le chercher sinon j’appelle les pompiers et je le fais hospitaliser ». Malgré les nombreuses visites chez les psychologues, aucun diagnostic n’est posé. Laëtitia prend alors la douloureuse décision de faire hospitaliser son fils pendant un mois. « Ça a été terrible, je n’en dormais plus. Mais enfin on allait pouvoir mettre des mots sur ce qu’il se passait ». Le diagnostic tombe : Kewan souffre d’un trouble envahissant du développement (TED), une forme d’autisme. « J’ai demandé aux médecins : et maintenant qu’on sait, qu’est-ce qui est prévu pour lui ? » En France, aucune structure éducative n’est prévue pour les enfants autistes. Kewan retourne donc à l’école de la République.

Si certains parents d’élèves font preuve de compréhension, d’autres demandent l’exclusion du petit garçon. « Des mamans ont traité mon fils de monstre, se souvient Laëtitia en pleurant. À la fin de l’année, ils n’en voulaient plus, car soi-disant, il mettait en danger sa vie et celle des autres enfants » La même année, la mission d’intérim de Laëtitia n’est pas renouvelée : trop d’absences pour s’occuper de son fils. « Ma boîte m’a dit : on fait pas de social ici. » Fatiguée, découragée et abandonnée de tous, Laëtitia tient bon, malgré tout. « Je ne dormais plus, mais je me disais : si moi je lâche, si je plie, il n’y aura personne derrière pour s’en occuper ».  Grâce à l’aide d’une psychologue de l’éducation nationale, Laëtitia est orientée vers une autre école, composée d’une classe pour l’inclusion scolaire (CLIS) destinée à un petit groupe d’enfant présentant un handicap.

LE PROJET EXPERIMENTAL MEEO

L’année suivante, en 2016, elle apprend dans la presse l’ouverture imminente de MEEO à Annecy-le-Vieux. Un projet expérimental soutenu par l’Agence Régionale de Santé pour les enfants de 5 à 16 ans, présentant des troubles neuro-développementaux*. L’équipe pédagogique, éducative et thérapeutique se propose de construire avec les parents le projet personnalisé de l’enfant afin de lui garantir un cheminement scolaire adapté, structuré et individualisé. Laëtitia rencontre Félicie Petit, directrice de l’établissement. « »J’avais peur de ne pas pouvoir payer l’école. » Mais à MEEO, les frais de scolarité sont adaptés aux ressources des parents. Kewan intègre alors la classe HORIZON, spécifique aux enfants avec autisme, au sein de l’école.

Pas à pas, le jeune garçon prend ses marques. Ici, on ne l’oblige pas à rester assis sur sa chaise toute la journée. Il apprend en manipulant et en faisant, à l’aide d’outils pédagogiques héritées des méthodes Montessori ou Epsilone*. « La première année, Kewan n’allait en classe qu’à mi-temps. La deuxième, il a pu pour la première fois aller à l’école tous les jours de la semaine. L’école ne m’a jamais appelée pour que je vienne chercher mon fils. Il a énormément progressé, il va mieux et moi aussi. J’ai pu retrouver un travail et j’ai désormais plus de temps pour son grand frère », se réjouit-elle.

L’ESPOIR D’ETENDRE LE CONCEPT D’ECOLE INCLUSIVE A TOUTE LA FRANCE

50 familles bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement éducatif et thérapeutique adapté à leur enfant. Pour certains d’entre eux, après cette parenthèse pour retrouver confiance, l’objectif est de permettre le retour au collège traditionnel. Grâce au soutien de l’ARS et des fondations telles que Transdev, l’école compte aujourd’hui quatre classes de primaire et une classe de collège pour accueillir les enfants en fonction de leur niveau et difficultés. Alors que seulement 20% des enfants souffrant d’autisme sont aujourd’hui scolarisés en France, la direction espère que ce dispositif innovant servira d’exemple pour essaimer sur l’ensemble du territoire le principe des écoles extraordinaires.