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Avec Passerelle insertion, un permis de conduire qui donne des ailes

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Pouvoir passer son permis sans compter les heures de conduite, accompagné de moniteurs à l’écoute et bienveillants, c’est possible grâce à Passerelles Insertion. L’association montpelliéraine soutenue par la Fondation Transdev a lancé les auto-écoles Clés de Route destinées aux personnes en difficultés sociales et économiques.

Fullera, jeune maman de 31 ans en recherche d’emploi, n’aurait jamais pu se payer le permis dans une auto-école classique. Mais grâce à la pédagogie des auto-écoles Clés de Route, la jeune femme a obtenu son permis de conduire du premier coup. Et désormais, plus rien ne lui fait peur.

« Je me sens tellement fière de l’avoir eu que maintenant, quand on me demande une pièce d’identité, je sors mon permis. Je ne pense pas que les gens en face se rendent compte de ce que ça représente pour moi. » 100 heures de conduite.
C’est le temps qu’il aura fallu à Fullera, Montpelliéraine de 31 ans, pour dépasser ses peurs et parvenir à décrocher son permis de conduire. Ce temps de formation conséquent (plus de trois fois supérieur à la moyenne nationale), cette mère célibataire, en recherche d’emploi, n’aurait jamais pu se le payer dans une auto-école classique. Quand on vit avec 550 euros de RSA par mois, impossible de payer un permis de conduire à 4 000 euros.

Un permis à son rythme et à très bas coût

Alors pour permettre aux plus précaires d’obtenir le fameux sésame, l’association occitane Passerelles Insertion a lancé il y a près de dix ans les auto-écoles Clés de Route. Grâce au soutien du département et des fondations telles que Transdev, trois centres de formation à la conduite ont vu le jour dans l’Hérault : à Béziers en 2010, à Montpellier en 2011 et à Lodève en 2017. Fullera a suivi la formation de l’auto-école de Montpellier pour seulement 160 euros. Loin des logiques de rentabilité habituelles, l’auto-école Clés de Route se distingue par une pédagogie individualisée, adaptée au rythme de l’élève : « Les moniteurs développent une relation de proximité avec nous, résume Fullera. Ils sont vraiment compréhensifs et patients. Jusqu’au bout, ils ne m’ont pas lâchée. »

Diplômée d’un Master en Management, Fullera arrête de travailler à la naissance de sa fille en 2016. Au bout d’un an et demi, prête à reprendre, la jeune femme commence à répondre à des annonces d’emploi : « On me demandait souvent si j’étais mobile, ça paraissait être un critère indispensable. Alors, j’ai voulu m’inscrire dans une auto-école. » Elle se heurte alors aux prix de la formation classique. « Non seulement c’était cher, mais en plus, j’étais terrifiée à l’idée de prendre le volant, je me suis découragée. » Sans argent pas de permis, sans permis pas de boulot. Alors quand le Centre d’information des droits des femmes et de la famille (CIDFF) propose à Fullera de l’orienter vers le programme Clés de Route, la jeune femme saute sur l’occasion.

Des moniteurs bienveillants qui ne vous lâchent pas

En février 2018, après un premier entretien, la jeune femme intègre la formation avec neuf autres personnes. Si elle obtient son code rapidement, dès le début, Fullera bloque sur la conduite. « J’avais vraiment très peur de toucher un volant. J’étais une des pires du groupe. Il y a eu un temps de travail psychologique avec les moniteurs pour que je puisse prendre confiance. » Grâce à sa détermination et à la patience de Michelle, Ali et Ibtissem, ses moniteurs, Fullera, petit à petit, progresse. « Le plus difficile pour moi, c’était de prendre les informations et de conduire en même temps. Parfois, je prenais des routes en contre-sens ! J’ai failli avoir un accident, heureusement qu’Ali était là ! » Une à une, les appréhensions disparaissent. Mais comme pour chaque élève arrive le moment de la stagnation. « C’était pendant l’été, mon livre d’apprentissage était plein, ils ne savaient plus où marquer mes heures. Je commençais à me décourager et je me trouvais des excuses pour ne pas y aller, par exemple le prix du tram. Mais ils trouvaient toujours les mots et des solutions. Ils venaient me chercher à l’arrêt de tram à côté de chez moi. Tout était fait pour m’empêcher de lâcher. »

Jusqu’à ce jour d’octobre 2018 où l’auto-école l’appelle pour lui donner une date de permis : « Ils m’ont dit : ‘c’est bon, tu peux le passer cette semaine.’ Je pensais que c’était une blague. Je n’ai pas dormi de la nuit. Le matin, j’ai déposé ma fille à la crèche et je suis allée très tôt à l’auto-école. Pendant l’examen, j’étais tellement stressée… » Malgré son anxiété, Fullera applique tout ce qu’elle a appris pendant les neuf mois : prendre l’information, contrôler, agir. L’épreuve se passe bien. Mais en sortant, Fullera doute encore d’elle-même. « Je pensais que je l’avais raté. » Deux jours plus tard, à 8h du matin, le téléphone sonne : « C’est bon, tu as ton permis, tu peux passer à l’agence récupérer le papier », lui dit Michelle. « Je n’y croyais pas, j’étais tellement pleine de joie, exaltée, surprise en même temps, j’ai crié dans la maison ! J’ai déposé ma fille à la crèche et j’y suis allée tout de suite, je voulais voir l’attestation. »

« Maintenant, je me dis que je peux tout réussir »

Tout en remontant le fil, Fullera exulte. Elle en est certaine, la formation Clés de Route lui a apporté bien plus qu’un simple permis de conduire. « Ça m’a également boosté dans ma recherche d’emploi. À force, je commençais à me dévaloriser et je m’apprêtais à chercher un autre travail. Le fait d’avoir eu le permis, ça m’a fait me dire : “ j’ai quand même un Master 2 en management “, je veux avoir un travail à la hauteur de mes études. »

Comme Fullera, l’ensemble des élèves accompagnés depuis février par l’auto-école Clés de Route de Montpellier a obtenu son permis de conduire. Pour fêter cela, une remise des diplômes a été organisée par l’association. « C’était vraiment bien de voir qu’on était tous arrivés apeurés, non confiants, et de nous voir repartir de là, tous, avec le permis. C’est vraiment une grosse aide. Et maintenant, j’ai le diplôme ! Je cherche un cadre pour l’afficher à l’entrée du salon. » Une manière de se rappeler le chemin parcouru et de se donner du courage pour l’avenir. « Ça va aller, je commence à avoir des ouvertures pour du travail et je sais que le permis ne sera plus un frein. Maintenant, je me dis que je peux tout réussir. »